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Dinu Lipatti dans les studios de Radio Roumanie

Dinu Lipatti – le classique mondial du piano, le compositeur – est apparu plus ou moins fortuitement au moment le plus favorable de l'existence de la Roumanie moderne ; une période intense du point de vue culturel. Une Roumanie qui se définissait, se consolidait et s'affirmait au rythme de ses grandes institutions – parmi lesquelles il ne serait pas erroné d'inclure la Société Roumaine de Radiodiffusion. D'ailleurs Lipatti a grandi presque en même temps que la Radio publique. Il n'avait que 11 ans quand la Radio a commencé à fonctionner, en 1928.

Biographie / Écrits / Études




L'univers que nous habitons est heureusement stable et prédictible – la causalité et le rapport au contexte restent des instruments solides pour le déchiffrer. Nous avons fait appel à ce truisme seulement pour l'opposer à une autre idée – évidente dans un extrait du volume « Mihail Jora, un moderne européen » de Florinela Popa. En parlant de cet éminent compositeur et chef d'orchestre, elle fait la remarque suivante : « La condition essentielle qu'il imposait dans l'élaboration des thèmes était la musicalité – au nom de laquelle, selon lui, les plus sévères règles de l'harmonie pouvaient être enfreintes.

L'ineffable musicalité,située au-delà de la logique ordinaire, représentait un principe prioritaire dont Lipatti a dû sûrement être le premier à en tenir compte. Le style interprétatif, la musicalité, l'intuition, l'inspiration – voilà des éléments à la fois familiers et quantiques : nous les sentons et pourtant ils restent impalpables tout en empreignant de manière unique des phénomènes comme celui que nous évoquons : Dinu Lipatti. Nous ne pouvons pas sonder l'ineffable dans cette immersion dans le passé, mais nous ferons remonter des dates, faits tous concrets, liés à la réalité roumaine des années '30. L'essence d'un artiste est à la fois insondable et façonnée par son époque.

Dinu Lipatti – le classique mondial du piano, le compositeur – est apparu fortuitement ou pas au moment le plus favorable de l'existence de la Roumanie moderne ; une période intense du point de vue culturel. Une Roumanie qui se définissait, se consolidait et s'affirmait au même pas que ses grandes institutions – parmi lesquelles il ne serait pas erroné d'inclure la Société Roumaine de Radiodiffusion. D'ailleurs Lipatti a grandi presque en même temps que la Radio publique. Il n'avait que 11 ans quand la Radio a commencé à fonctionner, en 1928. 

Il faut dire que dans les premières années de la Radio Roumaine, la musique classique constituait un élément central dans ses programmes ; aujourd'hui nous dirions qu'à l'époque, cela allait de soi, mais en réalité il a fallu militer pour l'obtenir, et le mérite appartient sans doute à Mihail Jora, un vrai missionnaire qui a inventé plus que ce qu'on nomme aujourd'hui la Saison Musicale Radio. Par conséquent, nous pouvons dire que sans Mihail Jora, l'histoire de la musique classique à Radio Roumanie aurait été différente. 

Dès la première année, en 1928, au 60 Rue Berthelot, où se situait la Radio, il y avait un Studio dont les dotations respectaient les standards de l'époque. Il se trouvait dans un salon spacieux, aux murs capitonnés d'un strate de 20 cm de liège et couverts de velours pour absorber les vibrations. Le plancher et le plafond étaient aussi couverts de peluche qui protégeait aussi le double-vitrage en cristal. Un piano de concert trônait au milieu de cette pièce qui aurait pu accueillir dans les meilleures conditions un orchestre de 20 personnes.

À partir du 1er novembre 1928, date d'inauguration de la Radio Roumaine, Mihail Jora a été nommé référent musical au sein de l'institution ; puis, deux mois plus tard, il est devenu directeur des programmes musicaux. Il était – à ses 39 ans – une autorité dans le monde musical roumain. Cet ancien combattant ayant perdu une jambe pendant la Première conflagration mondiale, était à la fois un personnage respecté dans la société. Jora a mobilisé toute son énergie dans l'élaboration de programmes musicaux qui étaient à l'époque, sans exception, joués en direct. Souvent Jora était obligé de jouer lui-même du piano – parfois il devait improviser quand la ponctualité de ses invités laissait à désirer. L'artiste subissait beaucoup de pression du public – qui aurait voulu écouter plus de musique folklorique ou populaire, mais Jora n'a pas cédé, plaidant pour la valeur et la diversité.

Avec beaucoup de persévérance, Jora a lutté pour une saison symphonique et pour un orchestre permanent capable de l'assurer. Il a commencé avec cinq musiciens employés ; il a réussi, et, malgré l'effort de l'organisation, il prenait souvent la baguette pour diriger des concerts. Ces premières années sont marquées par une autre particularité : le manque total du public, dénoncée par certains musiciens comme un facteur négatif. Le studio ne contenait pas des chaises pour accueillir des spectateurs. Pour rappel, l'actuelle Salle de la Radio (ou le Studio « Mihail Jora ») n'a été ouverte qu'en 1961. En plus il n'existait point de pause estivale – la saison 1932-1933 par exemple a commencé le 1er septembre 1932 et s'est clôturée le 31 août 1933. L'orchestre était entraîné dans différentes émissions. En 1931 70 % des programmes musicaux ont été couverts par l'Orchestre Radio qui se produisait en direct. Voici quelques photos de l'orchestre pendant la saison 1929-1930 – quand il disposait de 14 membres. (Lipatti et la Radio 3).

Et à nouveau l'Orchestre Radio, avec beaucoup plus de musiciens, pendant la saison 1930-1931 : (Lipatti et la Radio 4).

Dès la première émission de la chaîne, diffusée le 1er novembre 1928, la preatique  d'écouter la radio est devenue courante chez les roumains. En 1939 il existait 316.000 radios ; certains concerts ou pièces de théâtre étaient écoutés collectivement. Ainsi, approximativement deux millions de Roumains bénéficiaient des transmissions de la Société Roumaine de Radiodiffusion.

Dans une interview publiée le 2 octobre 1928 dans la revue « La Radiodiffusion », George Enescu considérait la radio comme « la nouvelle merveille du monde, ce miracle des contes... ». À cette époque la radio était une découverte très récente, comparable au cinéma ou, pour un exemple pus récent, à Internet. La Radio constitue la première grande Révolution dans la communication. Elle couvrait des grands espaces géographiques et était accessible à tous. La diffusion de la musique classique a été très favorablement impactée par cette révolution ; elle a pu pénétrer dans les foyers du plus grand nombre qui n'avaient jamais eu accès dans une salle de concert. Il faut rajouter que la Société Roumaine de Radiodiffusion, qui a commencé à émettre quotidiennement à partir de 1928, a été fondée peu de temps après que la radiophonie était devenue un bien commun : la BBC par exemple, a été inaugurée en 1922.

En ce qui concerne l'audience, les statistiques montrent qu'en 1941, pour une population de 13 535 757 personnes, il y avait une radio pour environ 44 personnes. « En 1932 la Société Roumaine de Radiodiffusion comptait 150 000 abonnés – dans la Capitale il y avait approximativement 30 000 personnes qui écoutaient les concerts symphoniques. Bien évidemment, beaucoup de mélomanes de tout le pays se retrouvaient devant leurs radios quand des concerts étaient programmés » - écrit Octavian Lazar Cosma dans son livre, « Les Symphoniques de la Radiodiffusion Roumaine »

Voilà le contexte, marqué par l'enthousiasme des pionniers, dans lequel Dinu Lipatti a fait son début en tant que soliste à la Radio, le 21 mars 1933, à l'âge de 16 ans. Il a joué du Chopin, le compositeur avec lequel nous avons souvent la tendance de l'associer. Il s'est produit plus précisément dans le Concerto no. 1 op. 11 en mi mineur sous la direction de Theodor Rogalski. Au programme figuraient encore des « Pages symphoniques » de Mansi Barberis, une première, mais aussi les Variations symphoniques pour violoncelle et orchestre de Léon Boëllmann et la Suite poétique de Antonin Dvořák.

Nous le retrouvons à nouveau dans les concerts symphoniques de la Radio Roumaine le 16 avril 1940, cette fois-ci comme chef d'orchestre. À cette occasion il a également dirigé une œuvre de sa propre composition, une création : Six Sonates de Domenico Scarlatti arrangées par Lipatti pour flûte, hautbois, clarinette, cor et fagot. Le programme a été complété par des œuvres de Bach dirigés par Lipatti : le Concerto BWV 1061 en Do majeur pour deux pianos et le Concerto Brandenbourgeois no. 3. Aux pianos, Smaranda Atanasoff et Madeleine Cocorascu.

Le troisième concert de l'histoire de la saison symphonique de la Radiodiffusion roumaine (et le dernier où Lipatti apparaît en tant que soliste) date du 16 février 1943. Sur l'affiche se rajoutait un nom fameux et le programme – beaucoup plus prétentieux pour l'orchestre – indiquent une évolution de la qualité de l'ensemble orchestral radiophonique. La direction musicale a été assurée par Willem Mengelberg, alors âgé de 72 ans, l'artiste avec la plus grande longévité au pupitre de l'Orchestre Concertgebouw d'Amsterdam (50 ans – entre 1895 et 1945). Richard Strauss lui avait dédié le poème « La vie d'un héros ».

Willem Mengelberg a dirigé deux concerts – tous les deux à l'Athénée roumain (le premier, qui a eu lieu le 11 février, proposait un programme avec des œuvres de Beethoven). On a craint que l'Orchestre Radio ne serait pas à la hauteur, on a cru que l'Orchestre Philhamonique aurait été meilleure. Mais Mengelberg a imposé un programme dur de répétitions qui a commencé deux semaines avant le concert : entre 9h00 et 13h00 il répétait avec chaque section d'instruments et entre 15h00 et 17h00 – avec tout l'orchestre. Voici ce que le chef-d'orchestre déclarait dans une interview pour le journal « Curentul » (« Le Courant ») : « J'ai trouvé un instrument assez souple et doué pour servir la musique selon mes intentions dans les œuvres à la présentation desquelles je me livre. L'orchestre m'a accordé avec habileté et dévouement toute son attention ».

Peut-être que Lipatti n'a pas été au centre de l'attention à ce moment-là, mais il n'est pas passé inaperçu : Emanoil Ciomac remarquait le niveau atteint par l'Orchestre dans les concerts dirigés par Mengelberg avec Dinu Lipatti soliste. La presse a parlé de « la pureté de style obtenue. […] La satisfaction artistique montrée par M. Mengelberg à la direction d'un Orchestre Radio très réactif, de même que la partie du piano assurée par Dinu Lipatti ont été recompensés par le public qui a ainsi remercié notre invité » (chronique parue dans le journal « Porunca vremii »)

Dinu Lipatti a joué à cette occasion le Concerto no. 1 de Franz Liszt. Le programme a démarré avec l'ouverture « Euryanthe » de Carl-Maria von Weber et s'est achevé avec la Symphonie no. 5 de Tchaïkovski.

Miron Soarec, ami de Lipatti évoque ainsi ce moment, dans son livre « Mon ami, Dinu Lipatti » : Le succès a été énorme. Dinu Lipatti a été rappelé sur scène 8-9 fois par les ovations extasiées du public qui ne cessait d'applaudir. Pendant tout ce temps Mengelberg – enthousiasmé – est resté sur scène, à côté de son pupitre. Voyant que Lipatti se limitait à remercier le public, le chef-d'orchestre l'a pris par la main et l'a mis devant le piano. Après le bis, le spectateur le plus enthousiasmé était le chef-d'orchestre, qui applaudissait continuellement.

Quand la salle s'est calmée, Willem Mengelberg a serré chaleureusement Lipatti dans ses bras. ». Bien sûr ç'aurait pu être utile de mentionner ce que Lipatti a proposé pour le bis.

En ce qui concerne le compositeur Lipatti, sa présence sur les affiches des programmes symphoniques de l'Orchestre Radio est décevante : le nom du gagnant du Prix Enescu (1934) ne s'est retrouvé sur les affiches que trois fois : le 16 avril 1940, quand il a dirigé son arrangement des Sonates de D. Scarlatti ; le 8 mai 1941, quand Ionel Perlea a inclus dans son programme la section « Le festin » de la Suite « Satrarii » (« Tsiganes ») ; et le 23 avril 1942, quand George Enescu a dirigé le même extrait. C'est très peu, surtout compte tenu du fait que  d'autres compositeurs – aujourd'hui oubliés – étaient beaucoup plus souvent joués. (Lipatti et la Radio 5).

Il faut s'attarder sur un autre aspect, de mon point de vue très intéressant : celui concernant les enregistrements réalisés par Lipatti à la Radio Roumaine. Je souhaiterais souligner, d'un côté qu'il s'agit d'une période de début de la technique des enregistrements dans les studios. Une époque pourtant d'avant-garde technologique du moment en question ; c'est pourquoi je crois injuste de juger trop sévèrement la qualité technique de ces enregistrements avec le regard que nous avons aujourd'hui : ces œuvres ne devraient pas être détachées de leur contexte historique.

D'un autre côté, il faut également relever le fait qu'il s'agit de disques qui reflètent fidèlement les manières d'interpréter du moment ; les matériaux  n'étaient éditées ni pendant, ni après l'enregistrement – c'était une transcription pure, analogue d'un événement sonore ; aucune reprise n'était possible, ni des collages, manœuvres tellement courantes aujourd'hui : ce qui était joué était imprimé avec fidélité, comme dans les enregistrements des concerts. Bien sûr, il était possible de réaliser plusieurs enregistrements – comme ça a été le cas avec le discours du roi du 23 août 1944 (trois disques ont été alors créés. Malheureusement aucun n'a été conservé).

La Radio Roumaine était à l'époque la seule à détenir ce moyen d'enregistrement. Les supports était les ainsi-dits « disques durs » selon les notes de notre collègue Olga Grigorescu, qui en 1970 avait connu ce format précédant le vinyle. Malheureusement ni maintenant, en écrivant ces lignes, ni par le passé, nous n'avons pu contacter quelqu'un en mesure de décrire les paramètres techniques de ces disques – le moment historique est trop éloigné. Ces disques sont introuvables dans les archives de la Radio Roumaine et ne figurent dans aucun registre de l'institution.

Il est possible de distinguer deux groupes d'enregistrements réalisés par Lipatti à la Radio Roumaine : d'un côté – six œuvres pour piano solo qui ne dépassent pas au total 13 minutes – datant du mois d'avril 1941 et d'un autre côté, les deux Sonates de George Enescu pour violon et piano (nos. 2 et 3) enregistrées en 1943. Ces dernières sont plus connues, elles ont été ultérieurement rajoutés sur différents disques.

Les enregistrements répertoriés dans la première catégorie ont été retrouvés grâce aux efforts de Grigore Bargauanu et imprimés sur un disque paru en 1995 chez Archiphon, grâce à l'enthousiasme de Mark Ainley.  À remarquer ici que la première version enregistrée de la Chorale de la Cantate BWV 147 de Jean Sébastien Bach a été faite par Myra Hess et a constitué le chant du cygne de la pianiste. Vous pouvez écouter cette œuvre ci-dessous :

Comme le remarquent Grigore Bargauanu et Dragos Tanasescu dans la monographie « Dinu Lipatti » parue chez « Editura Muzicala », à Bucarest en 2000 « nombre des enregistrements radio, occasionnelles ou appartenant à Lipatti en particulier ont été détruits selon les contrats et les règlements en vigueur au moment de leur réalisation. D'autres se sont simplement détériorés ou ont été perdus. Il existe encore probablement des enregistrements qui attendent d'être découverts, nous les attendons avec une impatience justifiée. ». L'avenir pourrait encore nous réserver des belles surprises de ce point de vue.

Lipatti a été une personnalité exponentielle pour la prospère Roumanie des années '30, même si aujourd'hui ce n'est pas tellement évident. Il provenait d'une riche famille de bourgeois – il appartenait donc au « beau monde » du Bucarest de cette époque ; c'était un monde du protocole et des bonnes manières qu'il maîtrisait parfaitement sans doute. L'attention porté à sa présentation en public – de sa tenue jusqu'à son écriture soignée, pourrait être tenus  comme exemple même aujourd'hui.

Sur le protocole dans la relation avec la Radio Roumaine témoignent les invitations que l'institution lui a adressées. Trois d'entre elles sont conservées dans l'archive du Musée Départemental de Arges, même si probablement elles ont été plus nombreuses. (Lipatti et la Radio 6)

Le formulaire standard daté du 11 mai 1940 a été rempli par une écriture calligraphique, soignée : « Nous avons l'honneur de vous inviter à vous produire à la Radio le 5 juin 1940, entre 22h30 et 23h00. Si vous acceptez cette invitation, nous vous prions de nous envoyer dans un délai de trois jours après réception de la présente, un programme de 30 minutes, pour que nous puissions le transmettre à la presse étrangère. Si le programme ne nous parvient pas dans les délais, nous considérerons que vous vous trouvez dans l'impossibilité d'accepter l'invitation pour cette date.

Dans le programme doit figurer la durée de chaque pièce et des pauses. Il ne doit pas dépasser le temps indiqué, tout en tenant compte des pauses et des annonces – il faut compter environ une minute pour toutes les deux pièces. »

Il est encore précisé que « la répétition obligatoire [ce mot est souligné] devant le microphone aurait lieu le 5 juin à 11h00 » - c'est-à-dire le même jour où Lipatti devait jouer.

« Le jour de votre récital vous devez vous présenter au moins 15 minutes à l'avance au Service de présentation et contrôle (60 Rue Général Berthelor). Vous vous verrez remettre une fiche de contrôle indispensable pour accéder dans le studio d'émission. »

Au-dessous du nom de Lipatti figure le programme qu'il a joué à cette occasion : des œuvres de sa propre composition et une Sonate de Enescu. (Lipatti et la Radio 7).

Le 7 février de la même année, l'invitation qui nous est restée parle d'un programme en duo avec sa future épouse, Madeleine. Le programme de 25 minutes présenté de 22h30 à 22h55 contenait le Concertino de Jean Françaix, compositeur français néoclassique, né cinq ans avant Lipatti et une Polka de Lennox Berkeley – un autre auteur du 20e siècle, Anglais, né en 1903.

Très adroit et manuel, Dinu Lipatti était passionné, selon le témoignage de son frère, Valentin,  « par la construction d'appareils radio, d'après les schémas compliquées et vétustes des années '30 ».

Il serait également possible d'affirmer que Lipatti écoutait avec fidélité la Radio Roumaine. Voici ce qu'il écrivait de Paris à Miron Soarec, le 25 mars 1935 : « Je suis content de pouvoir t'écouter le 1er avril grâce à notre puissante radio Philips que nous avons installé chez nous en hiver. Jusqu'aux semaines dernières j'écoutais la Radio Roumaine de Bucarest – admirable. Je sais que tu as du mal à y croire, mais c'est pourtant vrai : je l'écoutais aussi bien à Vienne ou à Budapest par exemple. Maintenant que le printemps est arrivé, il devient difficile à cause des parasites de l'atmosphère. Je tenterai cependant à te capter dans notre sympathique appartement, pour nous remémorer les beaux moments passés ensemble à Bucarest quand tu jouais quelque chose de notre répertoire. »

Le 2 décembre 1950, Lipatti meurt à seulement 33 ans. Un destin inachevé qui continue à nous fasciner jusqu'à ce jour et qui occasionne en permanence des découvertes, y compris dans sa relation avec l a chaîne radio publique roumaine. En 1950 elle avait laissé derrière elle les débuts marqués d'enthousiasme et entrait dans une nouvelle époque qui devait durer longtemps.

(Traduction : Petra Gherasim)