Jacque Chapuis, l'auteur d'une des pages les plus émouvantes sur son professeur, Dinu Lipatti, se rappelait à son tour :
Dans le volume « Hommage à Dinu Lipatti », publié par la maison d'édition Labor et Fides de Genève, 1952:
« J'ai eu la révélation de Chopin au même moment que celle de Lipatti. L'un par l'intermédiaire de l'autre, à un concerte de Berne, grâce au Concerto en mi mineur d'un charmant et poétique bouquet d'études. Je n'avais jamais auparavant entendu le piano jouer avec tant de plénitude et diversité de couleurs. »
« J'ai eu la révélation de Chopin au même moment que celle de Lipatti. L'un par l'intermédiaire de l'autre, à un concerte de Berne, grâce au Concerto en mi mineur d'un charmant et poétique bouquet d'études. Je n'avais jamais auparavant entendu le piano jouer avec tant de plénitude et diversité de couleurs. »
Je n'avais jamais senti une telle perfection artistique et maîtrise humaine, musicale et instrumentale si noblement impressionnantes. Le plus bel Instrument du monde traduisait la musique avec une simplicité, une légèreté et avec un souffle qui venaient de très loin, de l'immensité de l'affection et de l'intuition. J'ai out de suite pressenti que Lipatti était un être d'exception. Animé par une vie musicale profonde et authentique : un témoin visionnaire et un poète de l'Univers mystérieux de l'Art des sons.
Les années d'études passées dans sa classe sont inoubliables. Aussi sévère avec ses élèves qu'avec lui-même, le Maître prétendait un travail minutieux et ample. Il ne leur épargnait pas ses critiques et souhaitait que ses élèves améliorent de suite l'interprétation en fonction de ses observations judicieuses.
Même si Lipatti avait des idées bien définies sur l'interprétation des différents compositeurs, il ne cessait jamais de répéter à quel point c'était important d'aller plus loin, d'explorer les œuvres à l'infini. Doué d'une parfaite ouïe et d'une perspicacité inhabituelle, Lipatti entendait tout, des plus petites inégalités du toucher jusqu'aux plus infimes négligences d'exécution. Du point de vue technique, il aimait les gestes sobres, détendus, naturels et efficaces. Il remarquait immédiatement les moindres crispations qui altéraient la beauté des sonorités. Mais si le Maître accordait une importance capitale à la musique artisanale et technique, tout cela avait pour but de polir au maximum l'outil qui servait à l'expression de la musique.
Du point de vue musical, il exigeait de ses étudiants une attitude semblable à la sienne : le respect devant l’œuvre d'art. Il aimait répéter cette phrase : « Ne vous servez pas de la musique, mais servez-là » ».