image

Romeo Alexandrescu sur Lipatti en récital à l'Athénée

Chronique parue dans la revue Universul Literar, à Bucarest, le 3 mai 1941
« Chacune de ses apparitions amène la même question que nous avons dû tous nous poser pendant la brillante carrière qu'il nous a montrée jusqu'ici. Elle concerne les possibilités immédiates de développement qu'il peut encore trouver quand les marches de ses réalisations se sont situées d'emblée si haut »

Biographie / Écrits / Chroniques sur Lipatti




« Chacune de ses apparitions amène la même question que nous avons dû tous nous poser pendant la brillante carrière qu'il nous a montrée jusqu'ici. Elle concerne les possibilités immédiates de développement qu'il peut encore trouver quand les marches de ses réalisations se sont situées d'emblée si haut.

Pourtant, à plusieurs reprises, Lipatti a prouvé que pour un vrai artiste il n'y a pas le danger de la stagnation, même si les rigueurs d'une maîtrise ont été vaincues très tôt. Dans l'art on ne peut qu'avancer. Je ne crois cependant qu'un de ses concerts apporte une si fondamentale libération de l'élément matériel, une transition si décidée dans la conception et dans la contribution spirituelle de l'interprétation. Jamais la technique n'a été plus efficacement subordonnée, plus discrètement fondue dans l'expression intérieure de la partition que dans ce concert.

Il est possible d'affirmer que Dinu Lipatti est passé dans une phase d'auto-expression, de la compréhension intime de son art. Indifférent à tout effet « grand public » Dinu Lipatti a choisi un programme musical intégrant des pages de présentation formelle élémentaires, des œuvres simples du point de vue technique, luxe que seuls les vrais artistes peuvent se permettre, parce que leur apanage est celui de détacher la poésie et l'émotion de l'impression d'une prestidigitation. C'est ainsi que nous sont apparus les deux Impromptus de Schubert, le premier un véritable lied de sensibilité, murmuré par un pianiste délicat et recueilli. Toujours ainsi, les œuvres de Chopin, admirablement ciselées... »