Sur sa manière de travailler une nouvelle œuvre – extrait d'une interview du mois de juillet 1950 à François Magnenat pour Radio Sottens
Je n'ai pas de procédé à proprement parler. Mais bien évidemment, je dois faire un plan pour faciliter et raccourcir la période de travail, celle qui est au fond, la plus ingrate et en même temps la plus belle. La première semaine, j'essaie d'apprendre l’œuvre sans toucher le piano à-priori. Dans le cas d'une composition pour piano et orchestre, cela porte des avantages, car on n'apprend pas uniquement la partie du piano, mais toute la partition.
Seulement après je m'occupe du doigté. Je me permets de vous signaler que ce qui frappe le plus dans la musique de Chopin, c'est le fait de retrouver parfois l'empreinte de sa main dans certains passages, tant ils sont faits pour piano (sans faire des concessions à la main). Un bon doigté facilite de 50 % le travail et fixe pour des années l’œuvre dans la mémoire du pianiste. Après le doigté suivent des nuances et ici, évidemment, on doit rester entre les limites du texte, c'est-à-dire, il faut se conformer au maximum aux indications, intentions et suggestions de l'auteur.
Un ou deux mois me suffisent pour apprendre l’œuvre suffisamment pour la connaître, mais pas pour la jouer en public. Et puis, je considère qu'il faut la laisser se reposer et la reprendre plus tard pour achever le travail – la polir, la finir. Et à ce moment-là, j'éprouve parfois la joie de constater que pendant ces mois de pause, l’œuvre a maturé, a travaillé elle-même, si je peux m'exprimer de cette manière.